mercredi 1 octobre 2008

Raboliot

Au fur et à mesure de la lecture, quand le paysage est posé, que sont posés les personnages, que tout est posé dans la profondeur de cette Sologne giboyeuse, (quelques années après la première guerre mondiale) je me suis retrouvé accroché et vivant aux endroits précis où l'auteur nous emmène et vivant dans le corps et le coeur de Raboliot.
Il y aurait tant à dire sur ce roman. D'abord il faut raconter brièvement l'histoire. Raboliot fait du braconnage qui est son art et sa passion. Il défie le gendarme Bourrel. Ce dernier, humilié a juré sa mort et sa perte. Il s'en suit une course poursuite jusqu'à la fin tragique. Mais c'est un piètre résumé.
En lisant ces pages une évidence m'est apparue. Les évocations, les descriptions sont de l'impressionnisme en écriture. Ben oui, c'est ça "le style". C'est-à-dire comment exprimer les sentiments et l'histoire sans dessiner les contours et ne faire que du figuratif . Suggérer les subtilités des sentiments (pléonasme ?) et donner des "impressions" qui reconstituent l'histoire. En fait c'est bien ça, l'art : rendre visible l'invisible, exprimer l'inexprimable et tenter de faire le portrait de la réalité avec les pauvres outils que nous avons pour le faire. Pauvres, les outils mais tellement riches à la fois. La peinture, l'écriture, la musique, la danse, le théatre etc...
C'est jenolekolo, ma conseillère littéraire, qui m'avait indiqué cet ouvrage, le jour où un téléfilm éponyme est passé à la téloche. A noter que le film est un peu différent. Surtout la fin où le réalisateur a apporté un happy end, alors que le roman finit sans honneur pour ce pauvre Raboliot. Sinon, un honneur invisible que l'artiste Genevoix a réussi à peindre et à rendre visible.
Juste pour finir. Oui, Raboliot est un chasseur. Mais un chasseur qui vivait AVEC et DANS la nature. Un chasseur qui ne se coupait pas en deux comme les chasseurs contemporains opportunistes et bâfreurs qui sont, le lundi, des hommes de la société et en octobre des hommes de la nature pour la dilettante. Raboliot était la nature. Un indien en quelques sortes, comme il ne doit plus en exister dans ce pays de France humanisé dans le mauvais sens du terme.

QUELQUES LIENS

6 commentaires:

jenofa a dit…

J'en reste coite et bien contente. Je viens de finir "Images pour un jardin sans mur" de Genevoix. Que du bonheur!
On ne s'est pas donné le mot, mais justement moi aussi, aujourd"hui, je parle d'un écrivain on my blog.
Au fait, Lurbeltz, si tu veux de l'impressionnisme en littérature, lis et relis Maupassant jusqu'à plus soif. Oui, je sais ce que tu vas me dire--- Bel Ami, mais bon, y'a toujours une exception pour confirmer la règle.
C'est sans doute très perso, mais je ne m'intéresse que très peu aux histoires dans les romans. D'ailleurs, je peux les relire dix fois, je ne m'en souviens jamais. Je reste uniquement imprégnée par l'atmosphère. Atmosphère, atmosphère----

sophie a dit…

j'avais bien aimé ce livre aussi même si je ne m'en souviens plus trop. par contre pas d'accord quand tu opposes ce braconneur aux chasseurs d'aujourd'hui . que tu les aimes ou que tu les aimes pas, ce sont les mêmes. tu nous refait le sketch des inconnus, il y a les bons et les mauvais chasseurs. je vois que tu a relativisé ta position. il y a dans tes vallées du pays basque des paysans qui sont dans la nature en semaine plus que toi sans doute et chasseurs le week end des leur plus jeune age. tuer un animal que tu habites en ville ou a la campagne, pour se nourrir ou pour faire joujou, du point de vue de l'animal, le résultat est le même.

sophie a dit…

surtout que dejà il y avait des lois pour interdire le braconnage (le gendarme). exactement comme aujourd'hui ou les chasseurs veulent se prévaloird'être des hommes libres a l'instar de raboliot. moi la chasse ne me gene aps tant que les equilibres sont respectés. toi es pour le bracoonage au mepris de la loi 'dans le cas de raboliot) et contre pour tes voisins.

Lurbeltz a dit…

Un Raboliot aujourd'hui, je n'y crois pas. Surtout pas en Soule. J'ai l'impression qu'il y a eu une cassure entre les deux guerres. Puis il y a eu les 30 glorieuses. Les indiens, ils n'existent plus. Et les neo-indiens aujourd'hui sont écolos, ils ont vécu la nucléarisation de la France, la globalisation des problèmes, la perte de la biodiversité, les massacres de la nature, les massacres des éléphants, des gorilles, des ours, des loups ne nous sont plus étranger. Il y a 50 ans on baignait encore dans un liquide amniotique. Concernant notre rapport à la nature, nous étions encore des angelons innocents de nos actes. On croyait pouvoir tout faire.
Un raboliot en 2008 ne peut pas exister car la société a changé.
Et un Raboliot demain n'existera pas parce que l'homme d'hier n'existe plus.
Rappelons quand même que la chasse ne fait rien pour améliorer la situation sociale de Raboliot. Il chasse mais sa famille continue de crever de faim.
Les paysans basque n'améliorent pas leur situation en chassant. Ils chassent pour le plaisir. Mais aujourd'hui leur plaisir viscéral est déconnecté de la réalité qui est que le monde naturel est en train de crever et qu'il crèveront derrière comme des cons.

jenofa a dit…

Oh la la, Sophie, mais c'est atterrant! Dis-nous que tu fais semblant. Au moins, ça nous fera plaisir pour toi. On se dira que tu t'amuses.

jenofa a dit…

Au fait, ne nous achète surtout pas le chef Seattle. Ca te ferait trop de peine. Il tirait sa vie de celle du Bison.