mardi 19 février 2008

AITANI ETA AMANI

Et voilà, mon aitani et mon amani sont partis, à quelques mois de distance, comme on enlèverait les perles d'un collier. Je n'ai plus qu'un misérable fil autour du cou. Comme dit maman, c'est une période qui se termine.
Qu'est-ce qu'on ressent dans ces moments là ? Non, le "on", là, est de trop... Qu'est-ce que JE ressens car je ne vais pas m'hasarder à causer du sentiment collectif devant la mort. C'est déjà assez complexe de définir soi-même ce qu'on peut éprouver. Et puis, le "on", le "nous", on ne sait certainement plus ce que c'est depuis qu'on a perdu le sens du rituel. Il reste "moi", "lui", "il" "je" "tu" dans son coin, à pleurer un mort qui appartient à tout le monde, peut-être, mais que nous ne ressentons plus comme tel.
Lors des obsèques, j'aurais voulu que nous tournions autour de votre corps sans vie, en dansant, en chantant. Quelque chose qui nous aurait ressemblé mais dans la création. J'aurais aimé que nous sachions le faire. Je voudrais retrouver le langage de la vie et de la mort que doivent encore pratiquer certains hommes et certaines femmes qui sont encore en lien avec le cosmos, la nature, les étoiles et avec leurs ancêtres. Ceux qui font des dessins dans le sable, ceux qui font sonner les tambours pour appeler les esprits. Bon sang ! Suis je encore chrétien ? Qui saura encore initier les pauvres d'esprit qui se noient sans la technologie, le matérialisme et la société requise ?
Je suis un peu stupide, maladroit comme nous sommes quelques uns dans cette putain de civilisation technologique dans laquelle on ne sait plus dire "adieu" à ce que l'on a aimé, "bonjour" aux petits bourgeons qui poussent dans la cours de l'école, "au revoir" aux oiseaux voyageurs qui viennent nous saluer.
Je suis allé à la messe de neuvaine qui n'était même pas neuf jours après. Même les curés ne suivent plus les règles élémentaires et tout fout le camps. Et je peux dire que j'étais extrêmement distrait et pas très concerné par ces rites sur lesquels je n'arrive pas à accrocher le sens. Mr le curé m'a présenté le corps du Christ et je suis resté la bouche fermé, gêné de ne pouvoir lui donner une explication plus précise sur la nature de mon refus. J'ai fait un geste de la tête, maladroit, en louchant un peu avec la sensation d'être un peu décalé vis-à-vis de la situation. J'ai eu de la peine pour Mr l'abbé qui aurait mérité un éclaircissement.
Mon refus de faire le signe de croix, c'est pareil, c'est pas contre vous, je n'ai rien contre vous, Mr l'abbé, parce qu'on a besoin de rites, pour faire le deuil, pour entretenir la mémoire. Et vous êtes toutefois un pis aller, dans ces moments là où il faut surtout quelque chose plutôt que rien. Mais aujourd'hui, je n'arrive pas à absorber le rituel catholique dans ma substance personnellement cardiaque et corporelle.
demain, il faut absolument que je fasse quelque chose pour entretenir cette mémoire de mon aitani et de mon amani. Il y a les photos, il y a les objets, il y a la mémoire... Mais je sais qu'il manquera quelque chose qu'il faudrait que je fasse avec mes amis humains ou ceux du restant de la nature. Alors probablement je ferai quelque chose avec ceux du restant de la nature qui sont nettement aussi vivant, comme regarder le ciel étoilé, un de ces quatre, en pensant très fort à eux, et en laissant glisser dans mon être ce que la nuit me racontera d'eux.
Il faut que je me fixe un jour, il faut que je fasse bruler de l'encens, il faut que je jette un peu de mon être dans un endroit qui reste à définir, il faut que je tende mes mains dans l'idée qu'un vent vienne les rafraichir, Il faut que je laisse quelque chose dans un endroit précis qui serait une offrande. Il faut que je reproduise ces gestes régulièrement par exemple à toutes les pleines lunes ; en plus ça me fera regarder le ciel plus souvent. Et puis peut-être, de ce ciel s'ouvrira un trou par lequel je verrai la nature de l'impossible ; ou du moins ce qui parait impossible à l'humain technologie du matérialisme et de la société requise.

Aitani et et amani, avec toute ma tendresse

4 commentaires:

jenofa a dit…

Ben voilà, tu m'as fait pleurer.
Françoise Dolto disait "Ce ne sont pas les disparus, ce sont les invisibles". Et Gary quelque chose dans ce genre "J'ai toujours erré en cherchant sur la Terre des lieux où il y a assez de place pour ceux qui ne sont plus".
Mon père est mort en 74. J'avais 21 ans. Il ne s'est jamais passé une journée sans que je pense à lui, soit pour lui offrir un beau moment, soit pour chercher sa protection. Ma maman, après 8 ans d'Azheimer et de violence, c'est autre chose, mais je la sens là tout de même, surtout la nuit, sous les étoiles.
Allez, je vais aller faire un peu de politique et participer à l'humaine comédie.
Juste avec assez de recul pour en rire de temps à autres.

ton pote jesus a dit…

je me souviens de tes grands parents, ton grand pere bechant le jardin avec le chat qui dormait sur son dos sa c etait enorme. Ta grand mere qui ecoutait les conneries de jacques l air desesperee au bar hidondo, sa c etait maternel.
on est tous de passage donc obligé de se retrouves ds d autres lieux ....

Lurbeltz a dit…

C'est une photo que tu as du voir. A une période, on avait un chat qui montait sur le dos de mon grand-père quand il bêchait. Situation qui lui paraissait confortable.
Quant à Jacques c'est vrai qu'il en sortait des C... au Drop ! Il n'a pas changé d'ailleurs

jenofa a dit…

Moi, j'ai le souvenir de la chatte des voisins qui n'acceptait de mettre bas que sur le fer de bêche de mon père quand il travaillait au jardin.