vendredi 19 septembre 2008

Le cas Lassalle : Episode 1

Il y a quelques temps, j'étais avec pote Etienne, au salon du livre de Navarrenx. l'amputé de la quatrième circonscription des Pyrénées Atlantiques était là, également, avec son grand nez d'aigle que les aigles débectent dans leurs congrès d'aigles, sa coupe de cheveux de parachutiste névrotique et pathétique, sa cravate serpent ne rêvant en sourdine que de lui entourer le cou.
Etienne donc, traversait nonchalant les travées de livres.
Tout allait bien ce jour-là. Il faisait beau, rien ne me grattait nulle part, les Pyrénées oeuvraient comme à leurs habitudes leurs louanges au beau temps, au ciel perpétuel, aux pâturages embaumés des petites fleurs discrètes et scintillantes à la fois. Tout allait bien, vous dis-je, comment faut-il vous le dire, nom de dieu, pour que vous compreniez ? Lorsque j'entends Etienne comme un seul homme qu'il était, éructer un étrange borborygme plus simiesque qu'étiennesque, que je vous cite de mémoire :
"- Tiens, je vais acheter le bouquin de Jean Lassalle"
Je n'ai rien dit et discrètement je suis allé vomir, puis pleurer dans les toilettes de la mairie de Navarrenx. L'horreur aidant, l'odeur d'urine, les conglomérats vaseux s'accumulant dans les cellules corticales firent qu'à la fin, je ne savais plus pourquoi je pleurais, pourquoi je vomissais, pourquoi je léchais les murs d'une folie que je me demandais jusqu'où elle irait ravaler son faciès mortifère.
Si Etienne avait été sociologue, ethnologue, lassalologue, j'aurais pris ce petit air intelligent qu'on a après avoir écouté France Culture, ou un Théma sur Arte qui aurait parlé de l'Enlèvement des Sabines ou de la critique du panthéisme et du romantisme chez Kirkegaard. Histoire de pas passer pour un con. On aurait organisé une soirée culturelle à la maison avec des amis intellos, pour parler du cas Lassalle. Mais Etienne est, à quelque chose prés, aussi intelligent que moi et donc, j'avais ce petit air con qu'on a après avoir regardé TF1 quelques minutes ou Sud Radio quelques secondes après avoir entendu le fumeux "duo des non".
"- Tiens, je vais acheter le bouquin de Jean Lassalle". Les mots continuaient de résonner dans mon crâne plusieurs jours après. Ça faisait un boucan du tonnerre et j'avais des migraines à cause d'une maudite fissure du côté du sphénoïde et je sentais même les vapeurs fuligineuses qui me chatouillaient l'encéphale. Une fuite du côté des pédoncules certainement.
J'ai passé quelques jours comme ça, un peu hébété et je me suis me dit, qu'en fait, Etienne faisait l'effort insensé de mieux comprendre l'adversaire pour mieux le combattre et moi aussi peut-être, devrais-je lire ce livre ? C'était tout à son honneur, une vraie attitude chevaleresque. Je me suis relevé de ma désagrégation mentale, je me suis même recoiffé, j'ai mangé deux pains au chocolat au petit-déjeuner le matin, c'est vous dire la forme. Même, j'ai réussi à regarder sur M6 un épisode de la panthère rose jusqu'à la fin.
J'étais résolu à lire l'infâme cloaque de mots. Cependant il ne fallait pas me demander de l'acheter.
Donc je suis allé voir Etienne qui venait de changer de boulot depuis quelques temps. Mais il avait toujours la même femme et le même dentiste qu'avant. C'était plus d'un an après avoir acheté le machin du type que je n'arrive plus à prononcer de peur de retomber dans un état catatonique comme dans les toilettes de Navarrenx.
Quand je suis arrivé il avait déjà les bras ouverts comme tous les charentais qui ont une bouteille de Cognac en trop. Il allait bien, le bougre, pour quelqu'un qui a lu l'infâme claquoir à mots du "Gandhi-Castafiore" comme l'appelle mon pote Marko.
- Ah ! Le bouquin de Lassalle ? Mon pauvre vieux, j'ai pas pu finir le premier chapitre, qu'il me répondit.
Je vous dis, là, je suis rentré ivre de joie. Pas que de joie. Etienne n'avait plus de Cognac mais il avait gardé une bouteille de pineau que son beau-père lui avait donné. On a bu, on a chanté sauf la chanson "Aqueros mountagnos".
Au moment de partir, son visage s'est fermé. J’ai aperçu ses yeux se durcir d'inquiétude. Il m'a serré la main fortement et j'ai cru qu'il allait pleurer. Plein de sollicitude à son égard je lui ai serré le bras en essayant de comprendre son désarroi.
- Mon pote, il faut qu'on se débarrasse de ce livre. Je ne vie plus depuis ce jour funeste me dit-il soudainement...

A suivre...

6 commentaires:

jenofa a dit…

t'aimes bien te faire du mal, toi!!!!!

jenofa a dit…

Dis, à propos de cravate, t'avais pas vu celle de Lucbereihl? Bleu tendre avec tout plein de petits lapinous marron clair. Trop mimi!
Rien que pour voir des choses comme ça, ça vaut la peine de se présenter une fois aux élections.
Je dis ça---, c'est pour te motiver.

Lurbeltz a dit…

Ne me parle pas d'élection va ! Déjà quand il faut y aller c'est assez galère. Alors quand on en est pas là, on va pas se prendre le chou avec ça.
Je regarde un peu les avancées des Verts en ce qui concerne les Européennes. Et tout cela me parait tellement bizarre.
Pour l'instant je ne comprends pas tout... Mais au moins, par rapport à une certaine affaire qui nous concerne, là, on a le temps de voir, de lire, d'entendre les points de vue des uns et des autres , de profiter du débat et de voir comment avance le travail.

Etienne H. BOYER a dit…

Le colossal cas Lassalle!
J'ai bien ri!
Merci encore, Laurent, pour ta verve unique! (Je veux la même... Tu me dirais pas où tu l'as achetée?)

Lurbeltz a dit…

Je viens de faire quelques corrections et j'ai enlevé un paragraphe tarabiscoté au début.
J'aimerais faire au moins 3 épisodes. Après Etienne et Lurbeltz essayent de se débarrasser du livre mais ne savent pas trop comment faire. Je voudrais en profiter pour (non content de me foutre de la gueule du Gandhi-Castafiore)lever quelques lièvres sur ce monsieur qui est un démago, populiste et qui a une politique anti-nature. Pas besoin de lire le livre. Surtout pas l'acheter. Sur internet, il y a assez d'extraits pour nourrir ma réflexion.

jenofa a dit…

Dites-donc les deux compères, je connais un certain MB qui est en train de se débattre avec une rédaction de motion dans des conditions de stress que le commun des mortels ne peut même pas imaginer et, de +, sans ordi depuis hier.
M'est avis qu'il apprécierait de l'aide---- et vite.
Certes, c'est moins fun que de se payer la fiole de Jean Lassalle, mais---euh, chaque chose en son temps.
Le réconfort, en principe, c'est après l'effort. Non? Ce n'est pas comme ça en Soule?Faudrait pas qu'après, on ne soit même plus en état de d'offrir le réconfort.
Bon, je vous quitte, je vais à la manif.