
Quelques réponses se trouvent dans ce livre. L'auteur raconte que l'ours était vénéré avant la période romaine. En même temps, les hommes vénéraient aussi les forces de la nature avec des cérémonies associées aux arbres, aux pierres, aux sources et à la lumière. Ils participaient à de nombreuses fêtes païennes liées au rythme des saisons, aux cycles de la nature, à la position des astres. "l'ours était par excellence l'animal des traditions orales, des croyances incontrôlables, des supersititions les plus difficiles à éradiquer" écrit l'auteur.
Pendant plus de 1000 ans, donc, l'église s'est évertuée à faire de l'ours une bête impure et à le diaboliser à l'image de St Augustin qui prononça cette sentence peremptoire :"l'ours c'est le diable" . l'église chercha à éradiquer l'ours car il était considéré comme un rival du Christ. Il est vrai que l'église a toujours souhaité avoir le monopole de la foi (ce qui est peut-être la marque de fabrique des religions) et s'est évertuée à détruire tout ce qui pouvait lui faire de l'ombre à un moment ou un autre. Je pense notamment aux cathares, aux templiers, aux protestants.
Pour éradiquer l'ours, l'église à même réussi à lui coller cinq des sept pêchés capitaux : la luxure, la colère, la goinfrerie, l'envie et la paresse. Comme le dit l'auteur, à ce moment-là, "l'église a frappé fort et réussi à transformer une bête admirée et redoutée en une créature grotesque et haissable".
C'est dans le courant du XII siècle que l'ours cesse d'être un fauve redoutable pour devenir peu à peu une bête de cirque et qu'on le remplace par le lion sur le trône du roi des animaux.
L'auteur termine son livre par un constat amer et tragique en disant que : "tant en Europe qu'en Amérique ou en Asie, sa disparition semble programmée, qu'il soit brun, blanc ou noir"... et il continue en disant : "En tuant l'ours, son parent, son semblable, son premier dieu, l'homme a depuis longtemps tué sa propre mémoire et s'est plus ou moins synboliquement tué lui-même."
A la lecture de ce livre, je me pose des questions en rapport à mes propres préoccupations :
- Pourquoi les Basques souletins ne défendent-ils pas l'ours qui a été victime, comme eux, de la folie des bien-pensants, de la soif de conquête, de puissance et du délire anthropocentriste ? N'y a-t-il pas chez certains d'entre eux (et je pense là aux paysans souletins en Haute Soule et aux Abertzale)une énorme contradiction à défendre, d'un côté l'euskara et un certain rapport à la terre lié à une agriculture paysanne, un respect des diversités culturelles et d'un autre côté, de vouer l'ours aux gémonies et lui dénier la place qui lui est dû dans la montagne ? Quelle amnésie chez ceux-là fait qu'ils sont incapables aujourd'hui de relier toutes les branches de la diversités pour laisser pousser le grand arbre du patrimoine qui lie patrimoine culturel et naturel ?
- Ce livre corrobore aussi un vieux sentiment personnel, cette impression vivace qui me fait regarder mon église, ma religion avec beaucoup de réserves et même de révoltes. Comment, pour moi, être chrétien aujourd'hui ? Comment digérer le passif de l'église avec sa cohorte de massacres, d'évangélisations, de mensonges, de sectarismes qui me pèse au coeur et au corps comme un mauvais plat de raviolis ?
Pour moi, une chose est certaine... Si l'église catholique est forte et puissante aujourd'hui ; si la France, l'Espagne, L'Angleterre etc ... sont des pays puissants, ils le doivent à tous les peuples, toutes les autres cultures qu'ils ont sucées, violées, esquintées et vidées.
En conclusion, ne sont-ce pas les mêmes mécanismes qui font disparaitre l'Euskara, la culture Basque et l'ours, victimes de la sacro-sainte "compétitivité" ?