J’étais donc présent, ce samedi 6 octobre au matin, au débat au sujet de l’immobilier, l’urbanisme, l’habitat en Soule.
A part deux couacs, la discussion était très enrichissante et j’ai beaucoup appris.
(Les deux couacs, c’est d’abord une dame propriétaire qui est venue régler ses comptes avec ses locataires « qui ont tous les droits » (sic). Et ensuite Fantxoa Dascon qui a été bon, mais trop long, ce qui a bouffé du temps sur le débat.)
Mais pour revenir à cette discussion sur l‘habitat, ce que je mesure, c’est la complexité du problème. Pour tout dire, si j’ai toujours eu conscience de l’urgence et de l’importance de ce sujet, je n’ai jamais eu de convictions péremptoires quant aux réponses, tout en m’affichant et luttant, il y a peu, avec ceux qui luttent clairement depuis de nombreuses années, contre ce fléau (la spéculation immobilière)…et qui n’étaient malheureusement pas présents au débat. Oui j’avoue, je le confesse, je me suis très souvent laissé guidé par mes émotions et mon instinct en matière politique. Mais je sais que la pratique de la politique est un savant mélange entre l’émotionnel et le rationnel. Ce débat du 6 octobre a nourri mon raisonnement, ma soif de connaissance et mon désir de mieux comprendre et d’agir dans la réalité.
Il faut reconnaître, le plan concocté par l’équipe était simple : placer les données du problème tel que ceux qui n’ont pas d’a-priori, qui ne connaissent pas le sujet, soient amenés à le comprendre par une analyse concrète de la situation. Avec des chiffres, des données, des statistiques et des opinions contradictoires. L’ émotion est une puissance qui permet d’avancer. La révolte et la rage sont la conséquence logique chez ceux qui n’admettent pas de voir une situation pourrir. La révolte est le tisonnier qui réveille les braises. Disons-le clairement, il a fallu des flammes pour réveiller les ardeurs et les volontés… Mais cela aussi, c’est la réalité. Les flammes de cet été sont les conséquences d’un pourrissement de la situation et quelque part, on doit tous, de manière collective, en partager la responsabilité.
Oui je n’ai pas de convictions péremptoires car je ne suis pas un expert, car je sais qu’elles ne peuvent provenir que du collectif, de l ‘échange, du dialogue, du rapport de force et du débat, notamment avec des gens avec qui on n’est pas d’accord. Je repense au débat sur les OGM qui a eu lieu vendredi 5 octobre et qui réunissait des pros et des anti-OGM autour d’une table, à l’initiative du collectif anti-OGM du Béarn.
Evidemment, ce débat ne pourra être véritablement utile que s’il y a une suite, car pour l’instant, les problèmes ont juste été posés et les solutions à peine esquissées.
J’habite à Moncayolle. Autour de chez moi, il y a cinq exploitations agricoles. Deux s’agrandissent et les trois autres sont en voie de disparition à plus ou moins brève échéance. Je ne causerai pas ici des raisons multiples qui engendrent ce désastre. Je causerai juste de mon sentiment d’impuissance, de mon écœurement et de ma crainte. Le monde des petits paysans est en danger comme celui des petits artisans d’art, contrariés par des intérêts individuels et égoïstes et d’autres intérêts venant de très haut, de très loin, qui pénètrent de manière insidieuse dans nos villages et nos maisons. Et au milieu une inertie évidente et une aspiration du vide qui profitent à ces intérêts funestes.
Là où ça discute, c’est là où il faut être. Tiens ! Là, c’est mon instinct qui me parle et je l’écoute, ma petite voix qui me murmure à mon oreille. Là où ça discute c’est là où il faut être ! Je vais mettre ça en titre de ce papier. Ça me fait penser à cette phrase de Victor-Hugo qui disait : « ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent »… Les deux ne sont pas contradictoires non ?
Le document de présentation de cette réunion, je ne peux pas vous le proposer par mon intermédiaire à cause que du fait que j’ai pas le haut débit et que ça mettrait des plombes à télécharger. Demandez le doc à f.hastaran@neuf.fr. 6 mo, faudra faire un effort sur le compactage à l’avenir et pourquoi pas un blog. Ça en ferait deux avec celui-ci : http://ezpekulaziorikez.hautetfort.com
Oui vous voyez, j’aime bien avoir des sources d’informations diverses et je n’ai pas l’impression de trahir quiconque si je dis qu’elles sont toutes précieuses.
Il y a aussi le site :
http://www.etxalde.org/ "une démarche solidaire et non spéculative pour un parc locatif durables" et aussi dans la branche agricole, le GFAM Lurra
http://www.gfam-lurra.org/ qui a pour objectif aujourd'hui d'acheter la ferme Kako à Ainharp.
Au passage, ça fait beaucoup pour un seul message, mais je ne résiste pas au plaisir de porter à votre connaissance le poème de Victor Hugo duquel est extrait la phrase susdite.
Victor HUGO (1802-1885)
(Recueil : Les châtiments)
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche,
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre.
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d'être en ne pensant pas.
Ils s'appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N'a jamais de figure et n'a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s'écroule en nuage ;
Ceux qu'on ne connaît pas, ceux qu'on ne compte pas,
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
L'ombre obscure autour d'eux se prolonge et recule ;
Ils n'ont du plein midi qu'un lointain crépuscule,
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
Ils errent près du bord sinistre de la nuit.
Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l'on va,
Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,
Regarder sans respect l'astre, la fleur, la femme,
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l'âme,
Pour de vains résultats faire de vains efforts,
N'attendre rien d'en haut ! ciel ! oublier les morts !
Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
Fiers, puissants, ou cachés dans d'immondes repaires,
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
Et j'aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,
Un arbre dans les bois qu'une âme en vos cohues !
Sources : http://poesie.webnet.fr/poemes/France/hugo/123.html